(par Jacques Lucas, professeur à l’Université de Strasbourg)
Voici une explication plausible de la disposition des silex dans la craie.

La craie est une roche sédimentaire d’origine purement biologique par l’accumulation de tests de micro-organismes à squelette externe carbonaté. Le milieu de dépôt est celui d’une plateforme continentale ennoyée sous une très faible épaisseur d’eau marine. Les micro-organismes marins sont très sensibles au milieu où ils se développent, et leur prolifération peut conduire à la modification de ce milieu et par conséquent à la modification de la population biologique elle-même. Ainsi, dans le milieu qui a donné naissance à la craie, il se développe des organismes à test carbonaté et des organismes à test siliceux dont la proportion varie suivant l’état du milieu, en particulier suivant la quantité d’oxygène disponible. En allant des milieux les plus oxydés (plus proches de la pleine mer où l’eau est constamment renouvelée) vers les milieux plus anoxiques (plus isolés par des ondulations de la plateforme par exemple), les micro-organismes carbonatés cèdent peu à peu la place à des organismes à test siliceux, puis à des organismes à test organique. Tous ces milieux se trouvent sur la plateforme « crayeuse » du Bassin de Paris, où sont localement rencontrées des formations de phosphates provenant de la transformation de vases réductrices riches en matière organique.
Ces changements de milieu décrits géographiquement peuvent aussi se produire dans un même lieu pendant les longues durées géologiques où les conditions de milieu, température, profondeur de l’eau, agitation, pluies, etc., ne peuvent pas être imaginées rigoureusement stables.
A partir de ces données, il est possible de concevoir un changement de l’activité biologique correspondant, par exemple, à un confinement du milieu, lui-même lié à cette activité. Un développement trop abondant des microorganismes carbonatés diminue la quantité d’oxygène disponible dans l’eau et favorise l’augmentation des organismes siliceux, de sorte que les vases déposées sont de plus en plus chargées en silice. Ce système peut aller jusqu’à l’exclusivité des organismes à test organique et donc au dépôt de vases organiques. Dans le temps, des changements d’environnement provoquent des récurrences plus ou moins fréquentes de la série qui se répète, plus ou moins complète. Il peut ainsi s’accumuler des sédiments à dominance carbonatée où s’intercalent des niveaux riches en silice. Pendant la période de diagenèse, la craie se « durcit » avec plus ou moins de silice (qui peut oublier le crissement de la craie sur les tableaux noirs, dû aux grains de silice ?). Dans les milieux les plus riches en silice, les silex se développent, au cours de cette diagenèse, par précipitation de silice plus ou moins hydratée transportée par les solutions intergranulaires.
Les zones les plus favorables à la formation de silex sont bien entendu celles qui étaient les plus riches en silice d’origine, encore enrichies par le drainage de la silice des zones voisines. Si le système sédimentaire est récurrent, la diagenèse se calque sur cette récurrence et les silex se forment dans des niveaux horizontaux plus ou moins étendus et plus ou moins espacés.
Petite bibliographie :
- Collection dirigée par Charles Pomerol :
- Dictionnaire de géologie, A. Foucault et J.-F. Raoult, Masson Paris 1980.
- Guides géologiques régionaux : Normandie, F. Doré, Masson 1977.
- Treatise on Invertebrate Paleontology, Moore Editor, University of Kansas 1964, C661
- Précis de géologie – 1 Pétrologie, J. Aubouin, R. Brousse et J.-P. Lehman, Dunod Université, Paris 1975.
- Carte géologique au 1/1 500 000 éditée par le BRGM (Orléans – La Source), 1980.
